09/01/2011

Intime Charles Trenet

Aujourd’hui, Charles Trenet aurait 97 ans, nombreuses ont été les personnes quil’ont côtoyées tout au long de son existence. Un de ses proches amis, son « faux frère » comme l’appelait la mère de Charles : Jacques Brivot, nous a aidé à lui rendre hommage au travers de son témoignage.Mais avant tout, place au poète !

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« Je suis né à Narbonne, le 18 mai 1913 à 14 heures. Je voulais être acteur. Mon père vint se fixer à Perpignan, il était notaire et vite divorcé. J’eus alors deux familles que je chéris toujours avec le même cœur. Je compris vite à Perpignan, au contact d’Albert Bausil, figure inoubliable et illuminante, que j’étais fait pour la vie imaginative et fleurie avec, par ci par là, des inspirations musicales. Bausil me dit « Ce n’est qu’en quittant Perpignan que tu le comprendras. Monte à Paris »… J’avais 17 ans, un cahier plein de poèmes. C’était mon cœur… Au moment où je signe ces lignes, j’ai 51 ans, du feu dans l’œil droit, du rêve dans le gauche, et bon pied pour gambader. Je suis d’un peu partout à présent, de Narbonne, de Perpignan, de La Varenne, de New York et du Canada, des plages désertes et des aérogares, des fontaines et des forêts, des anges, de vous et de moi. ». Charles Trenet.

Le 18 février 2001, Charles Trenet est décédé à l’hôpital Henri Mondor de Créteil, des suites d’une attaque cérébrale, laissant à sa « Douce France » un vaste répertoire de chansons et de musiques intemporelles. « Le fou chantant » demeure dans la mémoire de tous de par son complet bleu, ses gazouillis sur scène et sa joie de vivre. Mais au bout du compte on connaît peu de choses sur le vrai Charles, l’homme qu’il a été dans la vie privée. Jacques Brivot, artiste peintre à Collioure a été son confident ami durant plus de quarante ans. Il a bien voulu nous éclairer sur la relation amicale qu’il a entretenue avec lui, nous relatant quelques morceaux de la vie du poète.

De la rencontre de Jacques et de Charles jusqu’à l’adieu à la scène.

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 Jacques Brivot avait seulement 8 ans lorsqu’il entendit sur les ondes radio de la voiture de son père « La Route Enchantée ». Sans avoir vu Charles Trenet, le jeune enfant a imaginé l’artiste tel qu’il a été dans la réalité : vêtu d’un complet bleu, une petite valise à la main, sillonnant les chemins de la poésie. Sujet qui passionnait déjà le jeune Jacques ! Deux ans plus tard, à Paris, il rencontrera Charles en chair et en os, au cours d’une entrevue dans les bureaux de son père, situés place de la Madeleine, ce dernier étant journaliste éditeur. Mais sa vraie rencontre avec l’artiste s’est déroulée sur une plage de Juan les Pins de manière humoristique : Jacques lisait la 25e heure de Virgil Gheorghiu quand le secrétaire de Charles est venu lui demander la permission de lui emprunter son livre pour Monsieur Trenet, celui-ci s’étant arrêté à la 24e heure. De cette surprenante rencontre découlera une amitié pure entre les deux hommes, ponctuée de voyages en commun, de nombreuses confidences et de correspondances.

 Concentré de bonheur avec quelques anecdotes croustillantes de l’ami Trenet. En 1955, les deux compères se retrouvent à Rome, au sein de la villa Borghèse, afin de passer quelques vacances ensemble. Charles Trenet s’inspirera de cette escapade italienne et dédicacera la chanson « Rome » à son ami Jacques dont en voici quelques vers : « Nous monterons tous deux sur la terrasse aux murs de lierre, si près du ciel qu’un seul regard embrasse la ville entière et tu verras que rien ne nous échappe de ces palais, de ces jardins de ce dôme où le pape prie pour la paix… ».

Au cours de l’été 1958, Jacques expose ses toiles aux Templiers chez René et Jojo Pous, lorsqu’un visiteur inattendu y fait son apparition. Ce n’était autre que ce sacré Charles ! Le fou chantant, entre deux récitals avait vu une affiche de son ami Brivot chez l’encadreur Fourquet, à Perpignan et avait donc décidé d’aller le saluer personnellement à l’occasion de ce vernissage dans la cité des peintres.

 

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Ce jour là, il acheta plusieurs tableaux de l’artiste à qui il écrivit plus tard : «  Finalement, cet achat n’était pas un placement mais un déplacement d’argent. » Quelques jours après, Jacques reçut un appel téléphonique de Charles lui disant : « Je suis à Paris, je pars dès demain faire une tournée musicale au Maroc, mon impresario s’étant désisté, il y a une place gratuite pour vous ». Jacques accepta l’invitation de l’ami Charles. Lors du vol qui les menait de Paris à Casablanca, alors qu’ils survolaient le célèbre petit port catalan, le moteur droit de l’avion commença à prendre feu…L’hôtesse vint leur offrir quelques rafraîchissements et Charles, très calmement, retourna le menu de la compagnie aérienne puis y dessina au stylo bille, une esquisse d’une vue de Collioure qu’il avait déjà réalisée au cours de sa jeunesse.

 

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L’histoire s’est achevée sans encombres par un atterrissage en Catalogne du Nord où ils sont repartis via l’Afrique du Nord à bord d’un autre avion. Sitôt arrivé Charles a cité au sujet de cette mésaventure : « Il ne suffit pas de vivre, il faut savoir pourquoi ! ». Une anecdote marquant le sang froid de l’artiste et son sens inné de l’Epicure.

Jacques a aussi enseigné à Charles quelques techniques de peinture y compris le secret des gris : pour Charles Trenet le gris appartenait au noir et au blanc, Jacques lui a expliqué qu’en fonction de la nuance des couleurs, il y avait des gris chauds ou froids. Charles le remercia alors en lui écrivant « À mon ami Jacques Brivot, qui m’a appris le secret des gris et des couleurs ».

Charles s’est initié à la peinture dès son plus jeune âge mais s’est orienté vers un autre domaine artistique : celui de la chanson car il disait souvent de la peinture, qu’elle ne pouvait pas nourrir son homme et a préféré alors les dessins de l’écriture.

Monsieur « Y a de la joie » appréciait d’une manière particulière toutes les fleurs ! En effet, il avait rempli ses jardinières de fleurs artificielles, les préférant aux fleurs naturelles qu’il jugeait trop éphémères. Et chaque jour, il les arrosait pour qu’elles ne se fanent pas !

Vers la fin de sa vie, alors qu’il était atteint d’une hémiplégie Charles Trenet dit à Jacques « Nous resterons des enfants, quoiqu’on en dise et nous mourrons jeune »; il est certain qu’il a gardé toute la jeunesse du haut de ses 97 ans et que les cœurs de toutes les générations confondues feront toujours Boum en écoutant ses éternelles ritournelles.

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18/04/2010

Les belles Catalanes de Petit Louis

Ancien pêcheur vigneron, Louis Baloffi, 91 ans, surnommé par les Colliourencs Petit Louis, s'affaire depuis quelques années à la création de maquettes de barques catalanes. Portrait.

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Petit Louis est un de ces anciens Colliourencs, qui ravigote les mémoires au travers de ses souvenirs de campagne de pêche ou de labeur dans les vignobles catalans. Il y a cinq ans, alors à la retraite, Petit Louis décide de léguer sa dernière barque Le Dominicain, sérieusement endommagée par un violent coup d'est, à l'association du Patrimoine Maritime Colliourenc, afin qu'elle soit restaurée et qu'elle puisse voguer à nouveau. Il vend également sa vigne.

Nostalgique de la mer. En juin 2006, le Dominicain flottait à nouveau, mais Petit Louis a comme une pointe de nostalgie envers la grande bleue qui l'a porté durant des années. C'est en piochant dans ses souvenirs d'enfance, que survient le déclic. Enfant, il a souvent observé le charpentier de l'époque, le vieux Bernadou, lorsqu'il réparait les barques des pêcheurs colliourencs. C'est donc naturellement, que depuis quelques années, il passe une grande partie de son temps libre à construire des maquettes de barques catalanes. Pour cela, il a aménagé sa cave en petit atelier et s'inspire de son vécu de vieux loup de mer ou de photographies et cartes postales anciennes.

petit louis et barques finititon.jpgAu moins 50 heures de travail sont nécessaires pour réaliser une barque : « Au début, les enfants qui se rendaient au club de voile s'arrêtaient et me regardaient travailler, émerveillés de découvrir qu'avec un peu de matériel, on pouvait réaliser de magnifiques bateaux. Tous m'ont encouragé à poursuivre cette passion.Conforté, Petit Louis s'est donc équipé d'outils et de matériaux rudimentaires tels que : râpe, couteau, pince, colle à bois, peinture, papier de verre, vernis... "J'achète le bois, pour réaliser la carcasse composée de la quille, d'étraves et de membranes. Ensuite je borde la carcasse, avec des morceaux de cagettes espagnoles que j'ai récupérées au préalable. Pour la voile, j'utilise des vieux draps en lin que quelques personnes m'offrent, avant je teintais mes draps en coton blanc avec du thé. Je couds les pans à la main en respectant la tradition de la fabrication des voiles latines ».

Travail minutieux. La passion de Petit Louis implique une minutie au niveau de la gestuelle, mais également une rigueur au niveau de la mise en place des détails de la barque catalane. Rien n'est laissé au hasard : les drisses (cordages de pêche pour hisser la voile), le gréement, la poulie, la trosse (renfort de la mâture), l'ascota (l'écoute), l'estrop (ficelle qui tient l'aviron), le gouvernail et les rems (avirons) et donnent une impression de réalisme étonnant, il ne manque plus que les pêcheurs à bord ! A la demande d'amis, il invente un nom de baptême pour ses chefs d'oeuvre maritimes.

Pour l'ami Jacques. Petit Louis a réalisé des maquettes de barques catalanes pour ses amis et notamment Jacques Perrin, célèbre réalisateur et comédien. Entre les deux hommes, existe une longue histoire d'amitié, à tel point que l'acteur a demandé à Petit Louis de réaliser une barque miniature pouvant vraiment flotter ! Un défi relevé avec brio: le concepteur a ainsi plastifié l'ensemble de sa maquette et l'a lesté avec du plomb en fond de cale afin qu'elle ne chavire pas. Petit Louis a testé ce prototype au bord de l'eau, face au clocher. Miracle, la barque a flotté sans encombres. Quant à Jacques Perrin, il a promis de faire voguer la catalane au fil de l'eau des jardins du Luxembourg. Voilà qui ne manquera pas d'intriguer ou de passionner les Parisiens !

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12:56 Publié dans portrait | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : catalane, miniature, bateau, savoir faire | | |

09/04/2010

François Mateu : le vieil homme et la mer

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Avec l'engouement touristique, le village était autrefois sous l'influence de la mer et ce, tant sur le plan économique que social. un ancien pêcheur, décédé en juillet 2006, nous a conté avec nostalgie cette époque révolue. Autrefois, bien des familles colliourencques subvenaient à leurs besoins quotidiens grâce aux produits de la mer. La spécialité de la 'Perle du Roussillon' était la salaison de poissons qui occupait une grande partie de la population. Les hommes s'adonnaient donc à la pêche et les femmes s'affairaient dans la trentaine d'ateliers de salaison, ou sur les places à l'ombre des platanes, afin de ravauder les filets. Cela a valu aux anchois de Collioure, une réputation universelle. Aujourd'hui, il ne reste que deux ateliers de salaison ! Le splendide ballet aquatique des barques catalanes aux voiles latines au soleil couchant a laissé place aux bateaux à moteur. François Mateu, marin pêcheur en retraite n'a rien oublié de cette période. Il nous a livré au travers de récits, d'anecdotes et de photos, quelques souvenirs d'une activité disparue à jamais. Portrait.

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François Mateu est né le 4 juillet 1916 à Collioure, rue du Soleil, et dans sa famille on était pêcheur de père en fils. Décédé en juillet 2006 à l'âge de 90 ans, au cours d'une interview dernière, François nous a livré avec une certaine nostalgie ses 64 années passées sur la Méditerrannée.

en famille ravaudage.jpgMémoire d'un pêcheur. "J'ai débuté le métier de pêcheur à l'âge de 14 ans avec mon père et mes deux frères Joseph et Pierre, à bord d'une belle catalane à voile latine surnommée La Mascotte. C'était unmétier très pénible où l'on souffrait des intempéries. Le physique de l'homme était fréquemment mis à l'épreuve : à cette époque (1930), les filets étaient en coton! Dès que l'on rentrait de la pêche après avoir effectué la pesée du poisson que l'on avait démaillé au préalable, on étendait les filets sur le sol de la jetée du Boutigué afin qu'ils sèchent au soleil. Quant aux filets troués, on les ravaudait avec des navettes en bois (sorte d'aiguille) et du fil.Très souvent l'opération de ravaudage se déroulait en famille avec ma mère Marthe. L'apparition du moteur a apporté une amélioration au niveau du labeur. En 1932, nous avons acheté une barque que l'on a baptisée La Marthe, en hommage à ma mère. Elle était équipée d'un moteur Baudouin 5,7. On possédait également une petite barque 'Les 3 Frères'. On pratiquait toutes sortes de techniques de pêche : des nasses aux filets... Les pêcheurs connaissaient parfaitement les fonds marins, ils savaient se repérer en mer. Par exemple, en se servant d'amers (point fixe sur la côte servant de repère), on connaissait notre position sans avoir besoin de cartes marines. Après la seconde guerre mondiale, un bateau a coulé 'Le Bananier', de nos jours, de nombreux plongeurs descendent vers les abysses afin de pouvoir l'apercevoir. Pour accéder au Bananier, on prenait l'axe de la jetée du phare par rapport à la tour des Douanes du Faubourg et lorsqu'on voyait le Fort Béar aligné au Cap Roig, on était certain d'y être dessus.

 

requin.jpgSouvenir du Requin Pélerin. En Juin 1936, nous avons pêché un requin pélerin contre notre gré. En effet, nous étions à la pointe des Batteries afin de relever les filets en poste (situés en cercle fermé), et là ne les voyant plus à la surface de l'eau, on a d'abord pensé qu'un moteur de bateau les avait emportés. Ensuite, apercevant les cordages, nous avons commencé à relever les filets quand soudain, on a senti un poids énorme, c'était un requin pélerin ! On a réussi à remonter la queue du squale que l'on a attachée avec plusieurs cordes et on a trainé le monstre des mers jusqu'au rivage. Tout le village était làet nous a aidé le sortir des mailles du filet. Pour le monter sur la plage, on s'est servi du palan du bateau il y avait une cinquantaine de personnes qui tiraient l'animal et soudain le palan a cassé et tout le monde est tombé par terre ! Le requin pélerin pesait plus d'une tonne et demi et mesurait près de quatre mètres.

pesée.jpgPendant la guerre !Un mois plus tard, François est réquisitionné par la Marine, il sera mobilisé quatre fois : un an sur un croiseur 'Le Suffren', 6 mois sur une cannonière 'La Gracieuse' à Toulon, 11 mois à Port-Vendres et 11 mois à Buzerte. Lorsque la seconde guerre mondiale a été déclarée, François était démobilisé, Collioure est resté très peu de temps en zone libre puisque deux moisplus tard, les tanks Allemands sont arrivés au sein du village par le rond-point du Christ : " A cette époque, la pêche était difficile car on avait besoin d'une autorisation de sortie, cela dépendait donc de l'humeur des officiers Allemands. souvent, un marin Allemand partait avec nous à la pêche, un jour nous avons échappé à deux jets d'obus lancés depuis Valmy, une belle frayeur !...

La passion de la mer des frères Mateu a eu raison de la guerre. A la fin des années 40, une coopérative de pêcheurs a été créée à Collioure. Les trois frères se sont initiés à la pêche aux lamparos. Ce procédé inclut trois lampes composées de 3000 bougies qui, inclinées vers la mer, attirent les poissons à la surface. Puis, en actionnant sur la corde, le câbleponctué de plombs, relié aux filets immenses (200 m de long sur 50 m de haut) se resserrant, les poissons restent pris au piège dans le globe du filet . "Un soir, grâce à cette technique on a rempli les deux barques à ras bord, nous avons amené à la coopérative 1750 kg de poissons ! s'est souvenu le pêcheur. Dans les années cinquante, le nylon a révolutionné l'univers de la pêche, outre une meilleure solidité, ces filets ne nécessitaient pas de séchage".

François a continué de pêcher jusqu'à l'âge de 78 ans. Son frère Pierre, sur une petite barque munie d'avirons part encore au lever du jour à la pêche toujours avec la même passion. Lamer ne quittera jamais François, elle lui a tiré sa révérence chaque jour depuis sa fenêtre. Il lui a toujours adressé un sourire paisible en la voyant danser le long des golfes clairs, la mer aux reflets d'argent !francois et pierre.jpg

12:40 Publié dans portrait | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pêche, tradition, métier, portrait | | |