17/04/2010

Les Nasses, un savoir faire en perdition

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Les nasses (pièges en osier ou en olivier pour les poissons et les gros crustacés) ont été utilisées régulièrement par les marins pêcheurs. De nos jours, nous pouvons trouver dans les commerces de proximité de vulgaires copies, car le secret des nasses a été emporté avec la mémoire des pêcheurs de l'époque. Cependant, à Collioure, un ancien pêcheur octogénaire en fabriquait encore avec des techniques ancestrales pour son propre plaisir : François Mateu. La réalisation des nasses demande un savoir-faire spécifique. Celui-ci nous a dévoilé le mystère de leur fabrication ! Reportage- Interview.

BD : François pouvez-vous nous expliquer la composition principale d'une nasse ?pepe nasse vue col 061.jpg

FM : Bien sûr ! La nasse est présentée sous la forme d'un panier, elle est composée de deux trous de part et d'autre, le premier formant un cône vers l'intérieur permettant aux poissons de s'engouffrer et à son opposé, une seconde ouverture de forme arrondie est reliée à une corde portant un couvercle soit en fer soit en bois d'olivier où des appâts y sont déposés (moules, oursins, poulpes avec une particularité pour leurrer les seiches car on utilise du houx...) Ainsi une fois rentrés, les poissons pris au piège ne peuvent plus en sortir !

BD: Quel est le secret pour réaliser une nasse ?

FM : Il n'y a pas de secret particulier, tout est basé sur l'art de la manipulation. C'est un travail de titan, par exemple pour réaliser une petite nasse (plus c'est petit, plus c'est difficile) il faut compter environ 30 heures de travail et ce en oeuvrant toute la journée sans relâche !

BD : Justement, de quoi avez-vous besoin pour créer une nasse ?

FM : Tout d'abord, je pars à la recherche de tiges d'oliviers, de joncs ou de roseaux sur les collines colliourencques. En effet, selon la nasse à réaliser le bois est différent : certaines demandent des joncs et des roseaux fins, pour d'autres de l'olivier. Avec de l'osier fin le travail est plus rapide mais c'est moins solide et il faut en avoir à portée de main! Ensuite, il est nécessaire de posséder du fil de nylon et un petit couteau. Puis c'est la dextérité de mes mains et mes yeux attentifs qui font le reste.

pepe nasse vue col 057.jpgBD : En quelques mots, pouvez-vous nous éclairer sur la création de la nasse ?

FM : En principe, je récupère les tiges d'oliviers les plus longues et les plus fines, celles qui partent d'en bas du tronc (rejets), ensuite je les nettoie soigneusement, j'ôte les feuilles et j'évide un seul côté de la tige de manière à ce qu'elle soit plate du côté le plus épais. Il est important de les travailler dans les 8 jours sinon elles sèchent et ne peuvent plus se tordre aisément. Les tiges les plus fines servent aux mailles internes et les plus épaisses à former le tour. Je les fixe avec du fil de nylon, à chaque maille, je fais un double nœud. Pour les seiches ou les congres, je fabrique un cerclage avec des roseaux coupés longs et fins rendant l'ensemble plus résistant.

BD : Quelles sont les formes les plus courantes et à quelle pêche servent-elles ?

FM : Il y a toute sorte de formes avec des variantes de tailles. Par exemple, les petites nasses rondes sont destinées à la pêche aux girelles. Quand aux nasses hautes, elles sont plus adéquates pour la pêche aux poissons blancs (loups, galets...) ou pour les crustacés (homards, langoustes...). De nos jours très peu de personnes pêchent à la nasse car étant en voie de disparition, faute de relève, les techniques de pêche plus modernes ont pris le dessus. C'est Dommage !

François Mateu est sans aucun doute comme l'homme libre de Charles Baudelaire qui toujours chérira la mer !

pepe nasse vue col 072.jpgInterview et crédit photos : Barbara Delacre

 

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